Partager l'article ! Décembre 2009 - Déclarations décontextualisées: Nous avons tous aujourd'hui le sentiment que quelque chose pourrit le débat démo ...
Nous avons tous aujourd'hui le sentiment que quelque chose pourrit le débat démocratique français. Il est aussi difficile de faire une déclaration sans se voir accuser de tout et de son contraire, qu'il est difficile de traverser un champ de mines sans encombre.
Ce champ de mine c'est le nouveau terrain de combat que les politiques, journalistes et autres observateurs ont
choisi pour exprimer leurs opinions. C'est le champ de la dénonciation. Nous sommes à l'heure où on établit que l'écologie dénonciatrice ne fera jamais avancer la sauvegarde de notre monde. Ceci
parce qu'il est certain que le développement durable utilise, au contraire de la décroissance, des structures économiques existantes afin d'améliorer notre avenir et nous donner ainsi à tous une
chance de tirer notre épingle de ce jeu économique pour autant qu'il doit être amélioré et moralisé.
Certains utilisent, malgré cet état de fait macro-sociologique et macro-économique flagrant, la dénonciation utopique pour faire entendre leurs convictions.
On aurait pu penser que les avancées de l'éducation, de l'instruction et le progrès des technologies de l'information, deviendraient la base médiatique d'un corpus argumentaire solide, intéressant dans sa complexité démocratique.
Et bien, non ! Encore une fois, la psyché collective utilise au minimum ce qu'elle pourrait décupler, et nous voyons chaque médium utilisé dans ce qu'il a de plus tronqué....
Nadine MORANO n'a pas toujours en tête le logiciel d'analyse lexicale qu'il faudrait avoir aujourd'hui dans ce contexte, quand on fait une déclaration publique. Je prends moi-même ce risque, car qui peut m'inffirmer que demain une personne bien ou mal intentionnée, dans une stratégie précise de dénonciation ou de promotion ne viendra pas sortir de son contexte quelques phrases de ce texte pour les juger « consternants et graves » ou « prometteurs et exhaustifs quant à la question ».
Reprenons les faits et jugeons les dans leur contexte, gardant bien en tête que c'est le contexte qui produit la langue et structure l'Homme et non le contraire. … En écrivant ces lignes, j'imagine déjà ce qui pourrait être là sorti de son contexte. Alors je contextualise par avance cette phrase et propose à tous de reprendre quelques écrits anthropologiques sur l'apprentissage de la langue et quelques autres sur la psychologie du développement, sur la part de la structuration psychique de l'individu par son groupe d'appartenance avant d'imaginer ce que j'ai pu dire juste au dessus. Ces écrits nous les trouvons facilement sur.... internet, outil technologique de l'information.
Les déclarations reprochées à Nadine MORANO sont les suivantes : "On ne fait pas le procès d'un jeune musulman. Sa situation, moi je la respecte. Ce que je veux, c'est qu'il se sente français lorsqu'il est français. Ce que je veux, c'est qu'il aime la France quand il vit dans ce pays, c'est qu'il trouve un travail, et qu'il ne parle pas le verlan. C'est qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers. C'est qu'il essaye de trouver un boulot, et qu'on l'accompagne dans sa formation"
Elle recontextualise en déclarant : "Nous parlions de la problématique des jeunes qui viennent des banlieues dont je viens et dont je suis issue, et je disais qu'avec cette caricature, cette stigmatisation qu'il y avait, moi, je leur conseillais, non seulement de ne pas porter leur casquette de travers, de ne pas parler verlan".
A la vue et à celle là seule, de ces déclarations puisque je n'étais pas à cette réunion, mes réflexions sont les suivantes : je suis moi-même issue d'un quartier misérable, à Argenteuil, pas ceux que les média ont stigmatisés à force de raccourcis éditoriaux, mais ceux encore plus anciens, qu'on appelle les « cités de l'effort d'après guerre » qui ont vu s'y retrouver, les mal-logés, les réfugiés d'Algérie, les familles nombreuses populaires. Comme Nadine MORANO je sais de l'intérieur, qu'une bonne maîtrise des codes sociaux est le sésame à toute intégration. Il faut leur dire que si « l'habit ne fait pas le moine... » il le suppose dans de nombreux esprits. Notre devoir d'adultes éducateurs est donc d'indiquer qu'il faut savoir « ne pas mettre sa casquette, ne pas parler verlan »... mais aussi ne pas se couvrir de bijoux ou ne pas porter une cravate stricte pour accéder à certains emplois ou certaines formations. Bref, il faut savoir utiliser les codes.
C'est le message qu'il faut avoir le courage de passer à tous nos jeunes. C'est ce que Nadine MORANO a fait dans une réunion contextualisée où le vivre ensemble était la forme de la réflexion.
Le contexte de cette déclaration, c'est le débat autour de la question de l'identité française. L'identité c'est une construction où chacun apprend en quoi il est semblable à ses pairs, sa famille et en quoi un jour il s'en différencie pour être soi. Il utilise pour cela le language et les codes.
Et bien revenons aux codes.
Ces codes sont souvent, il est vrai, dominants. Mais être français, n'est-ce pas savoir utiliser et respecter quand c'est nécessaire des codes communs et de fait dominants ?
Oui, sans pour autant abandonner nos autres codes qu'ils soient micro-sociaux, familiaux, religieux, professionnels quand ils font partie de ce qui nous différencie volontairement ou non, tant qu'ils ne viennent pas remettre en question le code légal.
Lydie BAYOUD