Partager l'article ! Février 2010 - Burqa et insertion professionnelle: Il y a une dizaine d'années, j'étais consultante au sein d'une entreprise d ...
Il y a une dizaine d'années, j'étais consultante au sein d'une entreprise d'accompagnement vers l'emploi. Je devais ce matin là recevoir une dame, dont le dossier donnait quelques informations laconiques : « Souhaite travailler près de chez elle, n'a pas de qualification spécifique... » 80% des personnes que je recevais présentaient les mêmes annotations sur leur dossier ....
Ce matin là, j'arrive dans la salle d'attente : Un homme est assis près d'une jeune femme d'une trentaine d'années entièrement couverte d'un vêtement noir, gantée de noir, les mains demi-cachées sous les plis du vêtement, je ne vois que son visage.
« Madame X, bonjour je m'appelle Madame Bayoud, nous avons rendez-vous ensemble, voulez vous me suivre jusqu'à mon bureau? »
l'homme se lève et me répond : « Je suis Monsieur X, je vais accompagner mon épouse ».
Beaucoup de « premiers rendez-vous » demandent la présence d'un mari, d'une femme, d'un père, d'une mère. J'accepte sa présence.
Dans le bureau, seul l'homme parle. Je n'entendrai la voix de madame X qu'à travers quelques phrases courtes, me permettant de vérifier qu'elle parle français aussi bien que moi. Vérification nécessaire à l'avancée de notre travail commun qui commence.
Monsieur est catégorique : Pas de contact professionnel avec les hommes, qu'ils soient collègues ou clients, pas de changement possible dans l'habillement de sa femme. Elle devra travailler couverte de son habit et gantée.
Quand je lui fais remarquer que ces conditions rendent quasiment impossible toute démarche puis toute embauche, Monsieur me répond qu'un poste de femme de ménage fera l'affaire. Quand je lui dit qu'il est impossible à son épouse d'exécuter les tâches demandées habillée de cette manière, Monsieur me répond qu'il faudra faire avec, ou pas.
Je n'ai pas entendue une nouvelle fois la voix de Madame. Je ne l'ai jamais revue.
Ce rendez vous remonte à plus de 10 ans. Qu'est devenue Madame X ? Fait-elle partie aujourd'hui des 83% de femmes âgées de 25 à 49 ans travaillant en France. Ou fait-elle partie de ce petit groupe de femmes aujourd'hui complètement couvertes montrées du doigt ? Comment éduque-t-elle sa fille et son fils si elle a le bonheur d'en avoir aujourd'hui ? Quel modéle féminin leur propose-t-elle ?
Je pense à tous ces musulmans pratiquants (hommes et femmes, jeunes et moins jeunes) qui vivent leur foi sincèrement et sont choqués de l'image que certains donnent de leur convictions religieuses. Choqués et meurtris qu'on puisse imaginer que la religion musulmane considère que la moitié de l'humanité doit être cachée à la société.
Je pense à ce musulman pratiquant de mes amis qui déclare que « la confiance dans le couple, l'égalité, le respect mutuel, l'amour et le plaisir partagés sont les fondements de la conjugalité musulmane ».
Aujourd'hui la burqa est mise en question en France car elle va à l'encontre des droits et des devoirs du citoyen dans de nombreux cas. Je suis peinée que si peu de femmes s'exprime sur le sujet. Comme si ces droits et devoirs n'étaient pas les mêmes pour toutes, comme s'ils pouvaient être aménagés et supplanter le droit à la liberté de circuler, de travailler de certaines citoyennes, sorte d'avenant étrange à notre contrat social.
Revenons à la fille de Madame X. Quelle scolarité fait-elle ? Effacée par l'invisibilité sociale de sa mère autant que marquée au fer rouge par l'inscription sociale criante de cet emprisonnement ? Quelle formation professionnelle aura-elle ?
Comment peut-on imaginer comme certains l'annoncent, que l'école républicaine aidant, cette jeune fille trouvera la "voie de la liberté", et que bon an mal an, cette « tradition » disparaitra. A qui fera t on croire qu'une enfant ira sans dommage à l'encontre de l'image maternelle, armée seulement de l'instruction publique d'un pays qui laisse faire ce contre quoi elle doit se battre seule. Voilà deux paradoxes que cette enfant devra dépasser sans notre aide avant de commencer un parcours toujours difficile, celui de l'entrée dans la vie.
Je suis de celles qui pensent que légiférer sur le sujet est un devoir. Lutter contre toutes les violences individuelles, sociales faites aux femmes où que ce soit est un devoir !
Ce serait le seul moyen efficace et minimum sur le territoire français pour aider la fille de madame X à défendre l'idée que couvrir une femme des pieds à la tête ce n'est pas reproductible, puisque c'est interdit par la loi!
Lydie BAYOUD