Janvier 2010 - Et pendant le temps du débat que fait-on de notre jeunesse?


 

 

 

Comme l'identité française l'insertion des jeunes est une problématique aux allures de serpent de mer.


De ces monstres toujours à demi rencontrés, images troubles en fond de société, revenant nous tarauder à intervalles historiques ou politiques réguliers. Elle est au même titre que l'identité française l'un des piliers de notre avenir commun.

 

Les dysfonctionnements du marché du travail, ajoutés à ceux du système d’éducation et l’apparition d’un déséquilibre intergénérationnel affectent lourdement et injustement les jeunes face à leur avenir et à leur entrée dans la vie professionnelle.

Pourquoi les jeunes, en France, ont-ils plus de mal à accéder à l’emploi que leurs aînés ? La fameuse "égalité des chances", chère à l’opinion française, a-t-elle progressé ?

Le fait est, que les conditions d’insertion des jeunes sur le marché du travail se sont détériorées un peu plus chaque décennie depuis trente ans. Dans un contexte de chômage accru, les jeunes – dont la formation était et reste encore trop coupée du monde du travail – souffrent beaucoup plus qu’autrefois de leur état de débutant. C’est sur eux que pèsent les exigences croissantes de flexibilité du marché, dès lors que les travailleurs en place luttent légitimement pour une forte protection de leur emploi.
Ce dualisme du marché du travail existe en parallèle à un autre. C'est celui du système éducatif, entretenant la même inégalité entre les sélectionnés et les laissés pour compte. Quand on parle aujourd'hui de la qualité de l'enseignement à l'université ou ailleurs c'est pour mieux cacher ce que l'idée d' « égalité des chances » a de pernicieuse quand elle masque, dans le débat et dans les actions politiques ce que devrait être le véritable enjeu, le véritable but, l'équité face aux chances!

 

 

On nous rappelle sans cesse que l'accès au bac à la majorité des cohortes de lycéens, que le collège unique, que l'université ouverte à tous est un progrès voulu et obtenu grâce à l'application de nos valeurs, grâce à une identité française et un contrat social dont nous sommes fiers. Qui dirait le contraire? Personne puisque le concept d'égalité est l'un des trois piliers de notre république et de nos luttes sociales.

Pourtant cette ouverture de droits égaux à l'éducation et à l'instruction a engendré autant de désillusions qu’elle avait suscité d’espoirs. De réformes avortées en réformes échouées, notre système éducatif peine durablement à s’adapter à un enseignement de masse. L’égalité des chances n’a pas progressé, elle a même régressé. Et l'équité, elle, est bafouée.

 

Ce serpent de mer.... se mord la queue. Nous serions tenté de changer de sujet en soupirant que décidément cette problématique ne sera jamais résolue, cherchant dans nos sentiments les plus noirs à rejeter la faute sur les familles qui n'éduquent plus, les enfants qui ne respectent plus rien, les professeurs qui n'ont plus le niveau requis ou d'abnégation ou encore l'état qui ne « donne » plus de travail !

La présence d'un serpent de mer exprime toujours la présence d'un fondement social, alors donnons nous la peine d'évacuer ce qui l 'encombre.

 

Qu'est-ce que l'insertion des jeunes et au delà, de tous ?

Qu'est-ce que l'entrée dans la vie ?

Qu'est-ce que l'accès égal à l'emploi ?

Qu'est-ce que le déséquilibre générationnel dans l'entreprise ?

Qu'est-ce qu'être mal éduqué ou mal formé ?

Qu'est-ce qu'un jeune ?

 

ce jeu de questions vient croiser trois champs qu'il intérroge :

  • Le premier, les jeunes, grand groupe social homogène ou non

  • Le second, la protection du travailleur la même pour tous ou non

  • le troisième, L'école pourvoyeuse du bagage nécessaire pour être un citoyen solide et un professionnel efficace, école pourvoyeuse des outils de compréhension de notre "monde", de ceux qui l'ont précédé avec leurs productions bonnes ou mauvaises.

 

Sur le premier champ, j'affirme en spécialiste, que le supposé groupe « des jeunes » n'existe pas. Il existe des sous-groupes pour chaque classe sociale, pour chaque culture, pour chaque tranche CSP. Ces individus sont issus avant tout de leur groupe d'origine avant d'être jeunes, même si les problématiques de développement psychologique inhérentes à chacun leur font dire le contraire. La révolution culturelle de 1968, les habitudes de consommation nous poussent à croire qu'un seul groupe culturel et social jeune est né. C'est faux.

Parler « des jeunes » comme d'un groupe homogène, c'est laisser croire que nous vivons encore dans une communauté de quelques centaines d'habitants dont nous maîtrisons tous les enjeux, où la culture commune est immuable et unique, sans communication avec d'autres cultures, village où le rite de passage à l'âge adulte effectué, le jeune indifférencié trouvera sa place... et s'il ne la trouve pas, c'est que lui ou sa famille n'auront pas voulu ou n'auront pas pu respecter quelque contrat immanent et obscur ...

 

Sur le second champ, je m'interroge sur notre cécité commune à ne pas voir que certains vivent une vie professionnelle surprotégée quand d'autres ne connaîtront jamais au cours de leur vie professionnelle la sécurité d'un CDI.

C'est difficile pour tous de se voir menacé dans ses acquis. C'est encore plus terrible de regarder par la vitrine à l'extérieur du « magasin CDI » ces choses qu'on ne touchera jamais du doigt.

Pour certains jeunes, cet arrêt devant la vitrine ne sera qu'un passage, une avancée vers l'âge adulte qui se fera aidée par les parents, état mortifiant, mais transitoire! Pour d'autres, ce sera le début de ce qu'ils nomment "la galère" , avec des hauts et des bas. CDD qui s'enchaînent et périodes de chômage supportées à coups de formations « qualifiantes » sans avenir.

Pour la plupart enfin, la sortie de la galère, ce sera des postes de travail sous-qualifiés face à leur confiance en des diplômes mal calibrés avec un sentiment terrible de déclassement.

 

 

Sur le troisième champ, nous entrons de plain pied dans ce qui fait les ambitions démocrates : une école qui donne les moyens d'être et de savoir, ensemble trop imposant pour qu'il ne devienne pas rapidement nébuleux. Ensemble monumental que les spécialistes de l'insertion sociale et de la réussite professionnelle ont utilisé pour faire le sacro-saint « savoir-être » oubliant du même coup qu'on n'enfile ses habits professionnels et personnels facilement que quand on a appris un métier, acquis des connaissances par l'exemple, et que ces acquis sont réellement reconnus par des pairs et reéllement utilisables dans la vie personnelle et professionnelle.

Ceci n'est pas le début d'un discours populiste qui tenterait de donner le munimum éducatif pour rendre ensuite le munimum rémunérant aux uns, pour donner une éducation élitiste et des revenus confortables aux autres.

C'est au contraire l'affirmation forte de l'idée suivante : on peut tout apprendre avec une facilité déconcertante quand on en voit le retour immédiat en termes d'épanouissement, de plaisir ou d'utilité.

L'école doit être, avant tout et seulement le lieu de toutes les expériences : Celles qui consistent à comprendre à quoi sert la grammaire, communiquer à l'écrit avec des codes remplaçant ce que le ton et le corps dit en face à face, et surtout pas une matière réservée aux intellectuels, aux gens entrant parfaitement dans le moule d'une culture dominante. Elle sera dans ce cas le lieu où maîtriser la langue écrite aura un sens au quotidien autant que dans l'expertise.

Elle doit être celle où on découvre la physique, parce qu'elle est quotidienne et utile. Elle sera le lieu où les mathématiques ne seront plus la marque du savoir savant mais cet outil qui permettra de construire une maison qui tient debout, calculer un budget ou conduire un projet financier qu'il soit personnel ou professionnel autant qu'imaginer de nouveaux carburants ou encore comprendre notre monde visible et invisible.


Quand l'école pourra faire passer ce message minimum là, rien de plus, rien de moins, peu importera la forme et les réformes, personnne ne s'intérrogera plus sur les méthodes puisqu'elles seront éfficaces.

 

 

Le concept d'Identité française, des jeunes et des moins jeunes, sera visible chaque jour en termes contractuels clairs et équitables où chacun connaitra ses devoirs et ses droits.

Ces quelques intérrogations ne sont-elles pas une grande part de notre débat actuel qui évacueraient les idéologies  rejettant en bloc les jeunes, les pauvres, les habitants des banlieues et .... les étrangers et souvent les 4 à la fois.

 

Lydie BAYOUD

 

 
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