mars 2010 - Je ne peux pas vous laisser dire ça !


"Je ne peux pas vous laisser dire ça !"


Qui n'a pas entendu cette remarque un jour ! Pour ma part je l'entends souvent ! C'est vrai j'interroge souvent. Allons, ne soyons pas dupe ! Il doit y avoir dans mon oeil une lueur qui dit autre chose que l'interrogation technique ! Ou se peut-il que certaines choses ne puissent être dites, quelles soient insoutenables pour l'autre, trop prégnantes ou ... Voilà où j'en étais de mes interrogations en garant ma voiture lundi matin sur le parking qui fait face à la maison de quartier de Malissol.

Mes pensées ont glissé vers le quartier dans lequel je venais d'arriver. De penser, j'en suis arrivée à ressentir. Ressentir ce quartier comme s'il était le mien, celui qui me ferait prendre ma première bouffée d'air frais chaque matin si j'y habitais . Et là le lien s'est fait sensiblement.

On ne peut pas laisser dire que Malissol est un quartier difficile.

C'est un quartier où il fait bon vivre, comme le disent régulièrement ses habitants, où on trouve une excellente école primaire, animée par une équipe d'adultes créatifs et exigeants avec eux-mêmes et avec les enfants, pour leur bien éducatif . On trouve aussi dans ce quartier des parents d'élèves désireux de participer à l'instruction de leurs enfants autant qu'ils s'investissent dans leur éducation.

C'est un quartier où on trouve des familles aux revenus modestes,  très modestes ou même indigentes, vivant à quelques centaines de mètres de familles plus à l'aise propriétaires ou non de leur appartement ou de leur maison.

Ces habitants sont étrangers et français, dont les origines très anciennes ou plus récentes sont d'un autre quartier, d'une autre ville d'une autre région, d'un autre pays. Bref un quartier aux caractéristiques sociologiques communes et classiques à Vienne. C'est un quartier où le centre social existe véritablement dans sa dimension centralisatrice, facilitatrice des envies de développer chez les uns et les envies de se rencontrer chez les autres. C'est un quartier où on peut se promener dans une tranquilité presque champêtre, sous les arbres, dans ses allées, en toute sécurité.


Alors où est le problème ?

« Les évènements de Malissol »


A Malissol on trouve quelques individus qui sèment le trouble régulièrement à petites doses, c'est un fait. On y brûle des voitures et des poubelles, pas plus pas moins qu'au centre ville. On y  fracture des maisons ou appartements, là moins qu'au centre ville.

Mais quels sont les faits qui ont déclenchés les derniers évènements tragiques qui ont conduit plusieurs personnes en prison, brulé une école et mis le quartier en état d'émeutes pendant un week end ? La réponse est simple, avant les faits c'est ce qu'on laisse dire sur Malissol, "quartier difficile, dangereux", qui a provoqué ces évènements.


oh! Pas directement, mais plus sûrement que si la commande avait été passée.

Lors d'une soirée associative, dont les membres ne connaissent le quartier qu'à travers sa réputation sulfureuse, soucieux de la sécurité de leurs invités, s'arment de vigiles un peu « décalés » dans cet endroit.


Pourquoi l'a-t-elle fait ?

Parce qu'on a laissé dire que Malissol était un quartier dangereux.


Remontons l'histoire du quartier. Pour être exhaustif, il faut rappeler que l'école avait déjà brulé quelques années auparavant. Cette fois, pas de vigiles, mais déjà cette réputation nauséabonde. Qui, à ce moment là, outre les travailleurs de terrain, s'est penché sur les problématiques de certaines personnes à Malissol ? Bien peu, puisque aujourd'hui on entend toujours les mêmes réflexions extérieures à ce quartier.


Avant que ne commence la réhabilitation urbaine du quartier de Malissol, commençons par réhabiliter sa réputation. Commençons par réhabiliter ses habitants. C'est un coût financier beaucoup moins important, mais un coût sensible et une implication personnelle et consciente de chacun qu'il faudra prévoir. La rentabilité en terme collectif sera au delà de toutes les espérances des viennois.

Avant qu'on ne détruise immeubles et autres répères, intéressons nous  "aux chiffres" de ce quartier qu'ils soient excellents, normaux ou alarmants,  en terme d'éducation, d'activité associative, d'habitation, de sécurité, de chômage, de capacité d'emploi, de transports.  Et après donnons les premiers coups de pioches sociaux !


Malissol n'est ni l'Eden ni l'Enfer. Venez vous y promener, decouvrez son charme, sa tranquilité, ses habitants et après cela ne laissez plus dire ...

 

Lydie BAYOUD

 
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